PAR CHLOË ROLLAND

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C’est dans un nouveau quartier que tu accueilles l’hiver. L’enfance: mettre des Sorel, sortir tôt matin par grand froid et pousser du pied sur le trottoir un morceau de glace.

Les rues te sont inconnues. C’est un de ces endroits où tu ne passais jamais. Tu essaies de ne pas précipiter ta course. On t’a suggéré de faire des pauses, de déstabiliser tes habitudes.

Au départ, le froid te mord le visage. Tu te couvres la tête de deux capuchons, remonte ton foulard sur ton nez, sacre contre tes lunettes qui s’embuent. Ton pas est rapide, tu prends De Gaspé vers le nord. Au coin Guizot, le parc des Rêves est inondé de soleil, mais déserté des rêveurs. Tu te rends jusqu’au Métropolitain où le vent souffle, impitoyable. À gauche, à gauche, tu redescends la prochaine.

Ton parcours est sinueux, tu n’as aucun repère. Quelque part de l’autre côté de Saint-Laurent, tu te fais surprendre par une église magnifique, avec ces dômes dorés. Quelqu’un approche derrière toi en courant, fait demi-tour et disparaît, puis revient et te dépasse d’un pas empressé, des sacs dans les bras. Au coin de Saint-Laurent, la même petite femme attend l’autobus.
Ton pas ralentit.
Tu lèves les yeux au ciel et suit le parcours d’un avion.

Coin Casgrain, le vent siffle dans les feuilles séchées de trois grands arbres dont tu voudrais savoir le nom. Sur les vieilles portes d’un ancien garage commercial, leurs ombres dansent. La porte s’ouvre et un homme en sort. Tu as l’idée d’aller le voir pour lui demander si tu pourrais en faire ton garage de quartier, mais tu ne vois aucune enseigne et fais demi-tour.

Tu te rends sur Jarry chez Mademoiselle Bonbon. L’âge adulte: entrer au paradis du sucre, se choisir un nombre incalculable de jujubes, les payer et sortir. Arriver à la maison et les tendre à un sourire.

L’hiver peut bien s’amener.

Tu as déposé tes valises.

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