PAR MARTHA TREMBLAY-VILÃO

roimort            Je te raconterai les lundis. Les lundis matin où la légèreté de la neige poudreuse dehors n’arrive pas à alléger le cœur reflété par la fenêtre. Les lundis où les yeux sont tirés vers l’arrière du crâne et, couché le ventre sur le sol, les l-armes se posent. Les lundis où on m’accepte comme je suis et où pourtant la banalité du jour continue de me tirer où je ne suis pas. la douleur. tirée vers l’arrière du crâne qui est aussi l’avent. Noël, les cadeaux, les repas, les ex, le calendrier, le temps. Qui reprend. en boucle et en guirlande. Être toujours un peu à côté. à côté de la plaque. la plaque. de glace. Je te raconterai comment j’ai failli glisser sur ton palier enneigé avant de me lancer dans le cours des ruelles. Je te raconterai l’histoire de cet enfant que j’ai croisé qui faisait un pas puis tombait et recommençait sans cesse.

           Je te raconterai les lundis. Neige éternelle qui erre entre les paniers de basketball abandonnés. Elle compte les points. un. deux. deux poings avalés par les poches puis recrachés dans l’espace. gorge serrée autour du foulard. mitaines colorées pour couvrir l’ennui. Je te raconterai comment le beau et le laid se fondent quand la douceur des flocons se mêle au bruit des machines, quand les pas des gens glissent en slalom sur les trottoirs. bruit d’oreiller étouffé contre un visage de plume. bottes enterrées par la blancheur des pas qui s’alignent comme un réalignement de chakras instable. Je te raconterai les lundis, ceux où on est forcé de marcher et où on se fait prendre au jeu. Je te raconterai l’histoire de cet enfant que j’ai croisé qui faisait un pas puis tombait et recommençait sans cesse. Ce « roi mort de n’avoir pas pu », c’était moi. « Te rencontrer »,  toi.

Je te raconterai,

                                                      je te raconterai,

je te raconterai.

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