PAR ANDRÉ CARPENTIER

12-12

Tôt matin de parc urbain et riverain, matin mat de lente ondée de neige sous un éclairage sporadique aux effets de rouille. De gros flocons bien détachés les uns des autres papillonnent en diagonale. Les arbres dénudés étalent leurs ramilles chercheuses de lumière naturelle. La rivière se fige en plaques de gris autour de canards épars.

Les bancs du parc se fondent dans leur environnement de butons et de sentiers. Seuls quelques buissons et une colonie d’outardes font tache, ainsi que les passants du tôt matin, joggeurs, écoliers, travailleurs… ici donnés par ordre décroissant de coloris.

Au retour de cette petite marche, les réverbères s’éteignent, le camaïeu de l’hiver annexe le ciel. Le jour est levé. Des plaques de neiges forment de minces mais larges fractales près de la rive, qui s’assemblent peu à peu là où le courant est le moins fort. On dirait que le parc s’agrandit! Un jeune Retriever y descend malgré les appels sifflés de son maître aux jambes grêles, qui souhaite ne pas interrompre sa course. Le chien n’est pas long à rattraper la main qui le nourrit.

Je rentre mettre quelques fraises d’une confiture maison sur un bout de pain et tremper l’autre bout dans le café au lait. Du quatrième niveau où je me trouve, je perçois mieux le frasil qui se forme à la surface de la rivière, passé les fractales de neige. Je monte la chaleur d’un degré et me rapetisse un moment sur moi-même comme si je me prenais dans mes bras.

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