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Au retour du flâneur – Le matin

Mois

décembre 2016

Et filent les heures

PAR MYRIAM MARCIL-BERGERON

L’automne s’est déroulé comme un tapis glissant sous mes semelles; levée avant le jour, mes matins avaient besoin de lumières artificielles. Les yeux encore collés, il me semblait alors que mon appartement brillait comme un phare au milieu de la nuit.

J’avalais un petit-déjeuner rapide en révisant des notes de cours, m’habillais de plus en plus chaudement avant de sortir, sans compter ces matins que j’ai abrités sous un parapluie. Les nuages ou un brouillard tenace voilaient le quartier que je quittais pour la journée. Une fois dehors, je croisais deux, trois ombres, jusqu’à ce que je rejoigne l’arrêt du bus 467, où des gens, d’abord le chauffeur, se matérialisaient sous un éclairage cru et grésillant.

L’automne s’est déroulé, j’ai croisé et recroisé des élèves en partance pour une journée à la polyvalente ou au cégep, comparant leurs notes en vue d’un examen de maths ou leur appréciation de telle professeure. Avant le changement d’heure, j’arrivais à la station de métro Saint-Michel vers 7h15, 7h30 et les lampadaires montaient encore la garde du matin. Avec plusieurs dizaines de personnes, je m’engouffrais en direction de l’autre bout de la ligne bleue; ressortais parmi plusieurs autres dizaines de personnes à la station Université-de-Montréal. C’est seulement en poussant la porte de l’édicule donnant sur le boulevard Édouard-Montpetit que les lueurs du matin s’élevaient à leur tour.

Au travail avec des étudiants, étudiantes de 8h30 à 10h30, j’avais un instant cette agréable impression, en fermant le local derrière moi, de penser qu’il était encore tôt dans la journée. Puis, peu après, un café, un muffin, des courriels, des évaluations à compléter, des discussions entre collègues, des imprévus. Tout l’automne, des heures matinales plus nombreuses que lorsque je commence ma journée sans radio-réveil ont glissé sous mes semelles, mais me semblaient filer à plus vive allure encore.

Un matin de décembre est arrivé. J’ai ouvert les yeux et les rideaux peu après 7h30. Des rayons de soleil givrés se sont glissés timidement à l’intérieur.

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Saison

PAR CHLOË ROLLAND

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C’est dans un nouveau quartier que tu accueilles l’hiver. L’enfance: mettre des Sorel, sortir tôt matin par grand froid et pousser du pied sur le trottoir un morceau de glace.

Les rues te sont inconnues. C’est un de ces endroits où tu ne passais jamais. Tu essaies de ne pas précipiter ta course. On t’a suggéré de faire des pauses, de déstabiliser tes habitudes.

Au départ, le froid te mord le visage. Tu te couvres la tête de deux capuchons, remonte ton foulard sur ton nez, sacre contre tes lunettes qui s’embuent. Ton pas est rapide, tu prends De Gaspé vers le nord. Au coin Guizot, le parc des Rêves est inondé de soleil, mais déserté des rêveurs. Tu te rends jusqu’au Métropolitain où le vent souffle, impitoyable. À gauche, à gauche, tu redescends la prochaine.

Ton parcours est sinueux, tu n’as aucun repère. Quelque part de l’autre côté de Saint-Laurent, tu te fais surprendre par une église magnifique, avec ces dômes dorés. Quelqu’un approche derrière toi en courant, fait demi-tour et disparaît, puis revient et te dépasse d’un pas empressé, des sacs dans les bras. Au coin de Saint-Laurent, la même petite femme attend l’autobus.
Ton pas ralentit.
Tu lèves les yeux au ciel et suit le parcours d’un avion.

Coin Casgrain, le vent siffle dans les feuilles séchées de trois grands arbres dont tu voudrais savoir le nom. Sur les vieilles portes d’un ancien garage commercial, leurs ombres dansent. La porte s’ouvre et un homme en sort. Tu as l’idée d’aller le voir pour lui demander si tu pourrais en faire ton garage de quartier, mais tu ne vois aucune enseigne et fais demi-tour.

Tu te rends sur Jarry chez Mademoiselle Bonbon. L’âge adulte: entrer au paradis du sucre, se choisir un nombre incalculable de jujubes, les payer et sortir. Arriver à la maison et les tendre à un sourire.

L’hiver peut bien s’amener.

Tu as déposé tes valises.

Je te raconterai.

PAR MARTHA TREMBLAY-VILÃO

roimort            Je te raconterai les lundis. Les lundis matin où la légèreté de la neige poudreuse dehors n’arrive pas à alléger le cœur reflété par la fenêtre. Les lundis où les yeux sont tirés vers l’arrière du crâne et, couché le ventre sur le sol, les l-armes se posent. Les lundis où on m’accepte comme je suis et où pourtant la banalité du jour continue de me tirer où je ne suis pas. la douleur. tirée vers l’arrière du crâne qui est aussi l’avent. Noël, les cadeaux, les repas, les ex, le calendrier, le temps. Qui reprend. en boucle et en guirlande. Être toujours un peu à côté. à côté de la plaque. la plaque. de glace. Je te raconterai comment j’ai failli glisser sur ton palier enneigé avant de me lancer dans le cours des ruelles. Je te raconterai l’histoire de cet enfant que j’ai croisé qui faisait un pas puis tombait et recommençait sans cesse.

           Je te raconterai les lundis. Neige éternelle qui erre entre les paniers de basketball abandonnés. Elle compte les points. un. deux. deux poings avalés par les poches puis recrachés dans l’espace. gorge serrée autour du foulard. mitaines colorées pour couvrir l’ennui. Je te raconterai comment le beau et le laid se fondent quand la douceur des flocons se mêle au bruit des machines, quand les pas des gens glissent en slalom sur les trottoirs. bruit d’oreiller étouffé contre un visage de plume. bottes enterrées par la blancheur des pas qui s’alignent comme un réalignement de chakras instable. Je te raconterai les lundis, ceux où on est forcé de marcher et où on se fait prendre au jeu. Je te raconterai l’histoire de cet enfant que j’ai croisé qui faisait un pas puis tombait et recommençait sans cesse. Ce « roi mort de n’avoir pas pu », c’était moi. « Te rencontrer »,  toi.

Je te raconterai,

                                                      je te raconterai,

je te raconterai.

Matin mat

PAR ANDRÉ CARPENTIER

12-12

Tôt matin de parc urbain et riverain, matin mat de lente ondée de neige sous un éclairage sporadique aux effets de rouille. De gros flocons bien détachés les uns des autres papillonnent en diagonale. Les arbres dénudés étalent leurs ramilles chercheuses de lumière naturelle. La rivière se fige en plaques de gris autour de canards épars.

Les bancs du parc se fondent dans leur environnement de butons et de sentiers. Seuls quelques buissons et une colonie d’outardes font tache, ainsi que les passants du tôt matin, joggeurs, écoliers, travailleurs… ici donnés par ordre décroissant de coloris.

Au retour de cette petite marche, les réverbères s’éteignent, le camaïeu de l’hiver annexe le ciel. Le jour est levé. Des plaques de neiges forment de minces mais larges fractales près de la rive, qui s’assemblent peu à peu là où le courant est le moins fort. On dirait que le parc s’agrandit! Un jeune Retriever y descend malgré les appels sifflés de son maître aux jambes grêles, qui souhaite ne pas interrompre sa course. Le chien n’est pas long à rattraper la main qui le nourrit.

Je rentre mettre quelques fraises d’une confiture maison sur un bout de pain et tremper l’autre bout dans le café au lait. Du quatrième niveau où je me trouve, je perçois mieux le frasil qui se forme à la surface de la rivière, passé les fractales de neige. Je monte la chaleur d’un degré et me rapetisse un moment sur moi-même comme si je me prenais dans mes bras.

Octaèdres pour l’aurore

PAR YANNICK GUÉGUEN

“Octaèdres pour l’aurore” propose sous la forme d’un jeu de créer une série d’instructions avec de multiples combinaisons possibles. Ces instructions mémorisées, photographiées ou inscrites sur un bout de papier invitent à réfléchir à son intention de marcheur et à appréhender la ville avec un angle particulier.

Mode d’emploi :

– J’imprime;

– J’assemble les octaèdres;

– Je les lance sur une surface plane;

– Je forme la phrase en suivant les chiffres de 1 à 7;

– Je sors avec la phrase en tête pour explorer la ville.

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