PAR JULIEN BOURBEAU

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La corne de brume

à l’heure du GPS, le fleuve rappelle

son existence orphique

Hors du monde le mât du stade Olympique,

Il y a de ces matins brumeux

Qui ouvrent les champs vagues du possible

*

002

L’Homme,

À la sortie du métro Saint-Laurent,

La jetée des Amériques

Il s’avance penaud.

Sa valise étiquetée Air Creebec

S’y déchiffrent trois lettres d’une destination

YMT (que l’on devine du Nord)

Son séjour se prolonge dans le Sud

Le vol qu’on lui a refusé

Son haleine déconfite

Une carte d’embarquement froissée

–Quel jour est aujourd’hui ? me demande-t-il

Vendredi matin.

Le prochain vol pour Chibougamau n’est que Dimanche.

Sa casquette des Nordiques,

Son chandail délavé des Canadiens

Le temps de me faire deux autres «shots», qu’il me dit.

 

Le malaise matinal

la peur soudaine de l’imprévisible,

Cette lenteur de marcher à la vitesse de la marge

Aussi.

*

Aussi longtemps que les rivières couleront, me dit Hector

Je lui réponds : Le pensionnat !

*

La distance bourgeoise du flâneur.

Je pense à ce que dit Pierre Sansot lors de la promenade matinale…

*

L’illusion du jour

David Copperfield fit apparaître

Le ciel bleu et navigable.

L’homme cloué au sol par la grisaille et les vapeurs de brume,

qui marche en chancelant,

Déploie alors ces ailes géantes d’albatros.

Dimanche, il sera à Chibougamau.

*

003-p-e

La camaraderie de flâneurs,

Xavier nous y convie

Aux dix heures du matin.

L’atelier de déambulation, les étudiants de l’Assomption.

 

On laisse un message à André.

Sa boite vocale dit :

Je note par ailleurs que, lors de cet atelier, comme dans l’ensemble de nos ateliers nomades, qui sont toujours des expériences de partage, nous avons proposés une conciliation de la démarche individuelle avec une démarche collective. Chaque participant est d’abord et avant tout resté un individu engagé dans une pratique de flânerie basée sur la présence et sur la lenteur. La mise en commun s’est manifestée sur place, par des échanges impromptus, puis dans la publication découlant de l’atelier.

(dans Ville et géopoétique, Paris, L’Harmattan, 2016.)

 

*

Une seringue, un café dans l’abribus.

Un terrain vague de possibilité.

Une gare fière et belle

Qui recycle son existence.

Avant le midi, c’est encore le matin

*

Montréal est un chantier

de bonnes nouvelles

Pour les flâneurs

À chacun ses quartiers disparus

 

L’incendie dans le quartier chinois

A anéanti la plus vieille salle de cinéma de la ville, se désole Xavier.

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