PAR CHLOË ROLLAND

ils étaient si beaux, chacun de tes mots comme des pinceaux qui traçaient des mains et des mers dans nos cœurs

je cherche sur le trottoir, dans le reflet du soleil, quelque chose qui parlerait de ton départ, des cycles, dans l’odeur d’humus et de novembre

je commence par You Want It Darker parce que c’était hier, tu respirais encore et la paix dans ta voix me rassure

dans le viaduc Masson, je cherche une craque d’où la lumière, celle dont tu parles, mais je n’en vois aucune et l’envie me prend de rester dans le noir

je passe à The Best avec le miroir en rond parce que c’était mon tout premier et qu’il a tellement joué dans mon adolescence de banlieue

rue Des Érables, il y a un matelas tombé par terre et l’envie me prend de m’écrouler pour avoir froid, avoir faim et déposer les armes

c’est une semaine tueuse d’espoir, qui assomme et qui pèse, on est tous à plat sur le béton

et c’est pile poil, comme dans un mauvais film, sur Marianne que Marianne s’entonne, il faut que je tourne, que je bifurque pour ne pas croire aux fantômes

un café, un muffin et l’amie A. appelle pour sauver la matinée – nous sommes tous à plat sur le bitume

trois heures plus tard, je rentre avec Various Positions parce que tes synthétiseurs sont comme des étoiles sur un trottoir qui mènerait au ciel

Hallelujah je ramasse une feuille aux couleurs vieillissantes et je monte les marches

il n’y aura que ta voix aujourd’hui dans les haut-parleurs de l’éternité, un matelas pour tous ceux qui comme moi sont tombés

20161111_080714

Advertisements