PAR HECTOR RUIZ

Pour certains, c’était encore la nuit. Pour d’autres, c’était le début de la nuit. Pour Google, le soleil allait se lever à 7:39, un vendredi 4 novembre 2016. Ce matin ou cette nuit, je me suis réveillé à 5:00. C’est la grande agitation par les temps qui courent. Mais je dois également dire que je marche rarement aussi tôt le matin et que j’avais hâte de marcher.

Pendant toute l’année collégiale, je me lève à 6:00 du matin. Par temps agités, je me lève avant que le cadran n’ait eu le temps d’hurler. J’écris le matin entre 6:00 et 7:00. À 7:00, les enfants se lèvent et se termine alors pour moi le matin. Le jour commence et les enfants reprennent leur univers là où ils l’avaient laissé la veille.

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En ouvrant la porte de la cour, j’ai su que j’allais me diriger vers le viaduc Rosemont-Van Horn. Avais-je espoir de voir la lumière se lever derrière la croix ? Ce n’est pas facile laisser tomber les cartes postales qui traînent dans l’imaginaire. Ensuite, j’ai pensé, le viaduc relie le jour à la nuit mais, c’était encore pas mal la nuit à 5:20. J’ai essayé de prendre en photo le Saint-Laurence Warehouse mais, depuis que Gabor Szilasi l’a immortalisé, il n’y a plus rien à faire.

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Pour m’amuser un peu, j’ai essayé de retrouver l’endroit précis où Gabor Szilasi s’était arrêté pour prendre la photo. Évidement, je n’ai pas trouvé. L’angle qu’il a choisi me semble parfait et je m’étonne de pouvoir affirmer une telle chose : un angle parfait.

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Coin du boulevard Saint-Laurent et de l’avenue Van Horne, Montréal – 1980

C’est sans doute attribuable à mon amour pour sa photo, pour la ville, je crois aussi que la photo de Gabor Szilasi évoque un choix crucial que je dois faire ; continuer tout droit sur la Main ou bifurquer. L’autre jour, dans le salon, pendant que les enfants jouaient, je me suis mis à défiler la liste des choses à faire et une grenade a explosé dans mon plexus solaire, une fumée toxique s’est un peu répandue dans les poumons, j’éprouvais une certaine difficulté respiratoire. J’ai contourné le Warehouse pour photographier le château d’eau sur le toit. Lorsque j’ai zoomé pour essayer de bien le cadrer, les lettres WAR me sont apparues dans la partie inférieure du cadrage.

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Non, bien sûr que non, je ne vis pas une guerre, ce serait grossier d’établir une telle comparaison. Mais je dois assumer un choix et ne pas bifurquer serait peut-être donner libre cours à la possibilité d’une guerre intérieure. Je pense. Je ne sais pas. Comment savoir ?

 

Il est 6:50, je suis assis sur une banquette du Nouveau système Beaubien, le matin commence pour certains, pour moi, le matin achève, je vais retourner à la maison mais avant, je vais acheter des croissants pour les enfants.

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