PAR ARI CASAMANTE

j’entendais une voix alors
que j’attendais auprès d’un modèle
de grille-pain muni d’un convoyeur
permettant de griller jusqu’à 350 tartines en une heure
on me disait de me méfier des
monstres, que plus je me méfierais
plus je serais prudent plus
j’aurais des chances qu’ils deviennent
des alliés, du moins un ou deux d’entre eux
ça devait provenir d’un restant de
rêve, d’une partie de cerveau encore
bien détendue à cette heure;
curieux tout de même
j’ingurgitais un grand bol de café au lait
toast au beurre de Nouvelle Zélande
marmelade sous plastique
fromage hollandais
tout en essayant au milieu
de toutes les mastications dans cette salle
de distinguer qui étaient les monstres
dans mon entourage
mon père, ma mère, frères, sœurs, collègues
à vrai dire il y en avait aucun qui ne
pouvait pas ne pas l’être,
les battements de mon cœur oppressé
ne pouvaient voir à travers aucune
politesse, gentillesse ou même sincérité
gaieté
s’il n’y avait pas derrière quiconque quelque
monstruosité

des miettes imbibées de beurre, des grains de sable,
bougeaient lentement sur les commissures à poils ras
des lèvres de mon compagnon de
route
dépassait de sa petite poche de chemise bleu outremer
un mini dictionnaire jaune citron
ses yeux noirs de buffle plein de
projets, tellement qu’ils gonflaient
son visage, au bout duquel
entre les deux amas de pépites de beurre des sables
quelques récapitulations des projets du jour
quelque confirmation de nos futurs parcours
étaient prêtes à jaillir
ses yeux noirs au milieu de boucles
de cheveux châtains attendaient un geste, un signe
un regard, qui lui indiquerait que
j’étais prêt
que mon temps de silence personnel
réclamé avec grogne l’autre matin
soit terminé

déjà il m’énervait, j’avais envie de traîner au hasard
prendre en photo du bitume crade, boire un mauvais café
dans un coin rien de spécial
admirer quelques palimpsestes d’art pariétal urbain
je le regardais manger, un sourire dans son
regard baissé, je pose mon bol :
ok alors on va visiter quel musée ?

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