PAR CHLOË ROLLAND

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Au matin, les pensées sont des animaux sauvages. Gardent-elles du sommeil l’impression fugace que la vérité se trouve dans les mascarades déjantées du rêve? Tentent-elle de retrouver le sens caché d’une profondeur qu’elles portent encore en elles sans vraiment pouvoir la nommer? Les mots sont pesants: il est difficile de régler leur course sur la fragilité indomptée de cet instinct.

J’ai dû rêver. Vers 6h, j’ai entendu ma voisine qui avait emménagé la veille défaire des boîtes. Peut-être s’est-elle immiscée dans mon rêve, mais j’ai eu la conviction que le fait qu’elle me réveillait à 6h du matin un dimanche en arrachant du tape sur du carton avait une signification profonde et cruciale. Et bien que cette signification m’échappait totalement, et que cette conviction me semblait curieuse en regard de la déception que j’avais d’être réveillée si tôt matin, la scène se plaçait avec naturel dans la séquence qui m’amenait au réveil et me donnait un sentiment étrange de cohésion.

Il m’est apparu que les pensées du matin ressemblaient à la délicate construction d’un poème. Les mots portent leur ombre, apparaissent en échos. Les images se construisent par devers nous. Ce n’est pas leur sens qui nous échappe, mais leur énonciation qui demande à être son propre maître.

Notre rôle est délicat. Il ressemble à l’attention d’un adulte qui suit la course instable d’un enfant pédalant pour la première fois sur un vélo. La main qu’il pose sur le siège est à la fois ferme et légère, rassurante et exigeante.
Écrire le matin est toujours comme une première fois.

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