PAR CAROLE-ANNE DÉRY

Après une longue semaine – un long mois, un long été – de travail acharné, je m’oblige à prendre deux journées de congé. Deux petites journées de contemplation et de paresse. Enfin.

Aujourd’hui, mon réveil – naturel, sans cadran pour la première fois de l’année, il me semble – s’est déployé au ralenti, en fin de journée. Il s’est étiré de 15h30 à 17h, entrecoupé de rêves effilochés et translucides. Le vent qui commence à sentir l’automne m’a attirée dehors avant même que je n’aie mangé. La vaisselle est restée en catastrophe nucléaire dans la cuisine, elle sera toujours là à mon retour.

Le soleil descendant pénètre mes prunelles mal réveillées. J’ai encore le visage enflé, une empreinte d’oreiller sur la joue, un teint blafard. J’ai probablement l’air malade, je le vois aux regards désolés que me lancent les chauffeurs en attente aux lumières rouges, les passants pressés d’aller souper que je croise sur les trottoirs encombrés. Je commence un rhume, ils ont raison.

L’avenue Laurier dégage une aura résidentielle malgré les nombreux commerces et m’offre le parfait équilibre entre ville et pas-trop-ville. J’entre au Montréal Café et réalise que je n’ai pas prononcé un seul mot de ma courte journée lorsqu’une voix rauque et grasse me sort de la gorge alors que je commande un café et un carré aux framboises. La caissière retient un sourire qui ne s’échappe que subtilement, par le coin de sa bouche.

Je me sens hors du monde, la tête encore en bourdonnement alors que les passants s’en vont prendre leur crème glacée familiale chez Bo Bec ou reviennent de faire leur lavage, des sacs IKEA géants remplis de vêtements sur l’épaule. Une jeune femme ralentit le pas devant la vitrine du café, un grand sourire aux lèvres. Son regard se promène au hasard, elle n’a pas d’écouteurs aux oreilles : elle sourit à quelque chose d’intérieur.

Dans deux semaines, ce sera mon tour.

Advertisements