PAR CHLOË ROLLAND

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C’était pour sentir le vent qui m’avait gardé éveillée en faisant battre la pluie à mes fenêtres.
Je suis sortie à 8h.

J’avais le pied léger en descendant vers le fleuve. Un gentil boulanger m’a vendu un café coin Ontario/Frontenac. Au port, il y avait un rutilant bateau de croisière et des limousines qui circulaient derrière les tracks de chemin de fer. J’avais mal aux pieds mais les images s’accumulaient et j’avais le sourire des bonnes récoltes.

Jusqu’à ce que je te croise.

J’avais décidé d’aller voir cette bâtisse couverte de graffitis que j’avais photographiée il y a un an ou deux, sur Moreau, à côté de la cour de triage.*

Et  tu étais là en bikini rouge dans la rue, complètement défoncée. Tu arrêtais les voitures et invectivais la désolation et l’indifférence. Il te manquait plusieurs dents et la peau était abîmée et flasque sur tes os saillants.

Je n’ai pas su quoi faire de mes yeux en passant près de toi. Après t’être penchée à la fenêtre d’une voiture, tu t’es mise à me suivre, en lançant des cris enragés.

Je voulais être généreuse, mais j’avais envie de fermer les yeux et de partir en courant.

J’ai à peine regardé l’édifice que je voulais photographier, sur la façade duquel tous les graffitis avaient été couverts de peinture blanche.

Et je ne suis pas arrêtée dans le café où j’avais prévu aller travailler.

Ton matin avait la cruauté d’une plaie ouverte dans laquelle mon regard faisait tourner un couteau.

J’ai monté la côte et traversé Angus. J’ai photographié le ciel.
Et j’ai acheté deux oranges à la fruiterie du coin.

 

*http://latraversee.uqam.ca/flaneur/la-peau-tatou-e-du-quartier

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