PAR AUGUSTIN CHARPENTIER

 

© Augustin Charpentier3

« Le temps est un enfant qui joue en poussant des pions. Royauté de l’enfant.  »

Héraclite

 

Je marche et Rachel traversée, m’arrête une cacophonie familière qui me ramène en arrière de manière instantanée. Il y a de ces soirs où l’on se promène tard et des matins à l’heure de la récré. Côté Chateaubriand, la cour de l’école Louis-Hippolyte-Lafontaine fait sa rentrée. En avance! La poussière sur le terrain est brusquement remuée par un chaos de chaussures orange et vert fluo qui courent dans tous les sens, pour rire, et surtout pour crier.

C’est la saison des cerises tant que la cloche n’a pas sonné, comme sur la frise réalisée par les élèves de 6e un jour de juin figé au détour d’un cul-de-sac qui sert de raccourci. Dans un recoin, un t’es nouveau? soupire; au secondaire l’an prochain, tout sera encore à recommencer.

 

Sept heures et demie du matin métro de Montréal, les travailleurs enlèvent leur 24h des mains des camelots avec un air de vacances envolées. Sur Mont-Royal, des ouvriers démontent l’ultime événement estival; les fresques sur l’asphalte se sont presque effacées.

La vraie vie reprend, pressée. Ne perdez pas de temps à payer comptant. Devant L’Avenue, les voitures passent et ne s’arrêtent plus. Le feu compte à rebours et reste orangé.

 

Je donne un coup de pédale. Verdâtres, les feuilles dansent une valse au parc Laurier; ça sent le feu dans l’âtre. Les vieux traînent leur retraite dans les allées. L’automne s’étale.

Vue sur le mont, derrière le Dieu du Ciel! à l’intersection de Saint-Laurent. Le martin-pêcheur de l’École Laurier est sorti des murs en coup de vent; il va pour se poser, frissonnant et ambré, sur l’une des flèches de Saint-Viateur d’Outremont. Septembre viendra y résonner.

 

Ils ont changé le plancher. Avenue de l’Épée, les corridors repeints seront sous peu chargés de souvenirs de fin d’année. Dehors près d’un trou, les préscolaires chantent des comptines, picorent du thym et des chrysanthèmes mandarine. Quelqu’un dort en-dessous.

Mes primaires ont pris quelques pouces. S’en sont-ils rendu compte une fois côte-à-côte et retrouvés? Si oui, ils ont vite oublié, occupés qu’ils sont à se renvoyer sans trêve un vieux ballon crevé. Sur le côté, il y a un banc pour s’y asseoir en douce. Un espace hors d’ici; essayer là de percer le secret de leur jeu innocent n’est pas sans danger. Entrée des élèves dans le présent. Le temps est un enfant…roi. Pas moi, ressorti rouillé. Stationnement réservé.

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