PAR CHLOË ROLLAND

Sommeil intermittent, nuit agitée – à 7h, again, l’envie de sortir. Cette fois, avec le café.

Je descends sur Holt. Déjà, je remarque: à cette heure-là, les gens mangent dans leur voiture, les gens marchent d’un air fermé, les gens vont quelque part. Je fais celle qui sait où elle va et je souris en me disant que c’est ma principale posture dans la vie: me perdre en ayant l’air d’aller quelque part.

Anonymat. Une corneille croasse avec virulence sur la clôture du parc rue Dandurand. Je ralentis, me demande si je la prendrai en photo. Je me rends compte que de tenir un café n’est pas pratique pour sortir un appareil d’un sac. Une dame gare sa voiture tout près et s’avance vers moi sur le trottoir. Elle passe en me regardant d’un air malaisé, sourit à peine et effraie la corneille qui s’envole en protestant. Je range l’appareil et prends une gorgée de café.

Coin Masson/Iberville, je tourne la tête distraitement et croise le regard féroce d’un mec qui a l’air de vouloir manger son volant. Je fais mine d’attendre l’autobus quelques minutes pour regarder un drôle de monsieur caché derrière son journal dans l’abribus, avec un chapeau de paille et une chemise à carreaux couleurs pastel. Je me souviens de ce temps-là: le compte à rebours du 9h à 5h, la course. Tout à coup, je me sens libre dans mon étrangeté.

Rue De Lorimier, 8h, j’abandonne l’idée d’avoir un contact. Les gens roulent. Les gens bossent. Les gens passent. Ils se laissent aisément prendre en photo. Les enfants apprennent au rythme de ces allers-retours la routine du monde diurne.

Quelques gouttes de pluie tombent et la chaleur commence déjà à devenir pesante. 8h15, il me semble encore trop tôt pour aller réviser la traduction d’une émission sur Nymphomaniac Vol. II, mais le compte à rebours me rattrape. La course me ramène à la maison.

Je remets mon pyjama.

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