PAR XAVIER MARTEL

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Le soleil émerge lentement du fleuve. Les oiseaux piaillent pour se faire reconnaître de leurs semblables. Les chevreuils déjeunent d’herbes fraîches, leurs sabots bien à plat dans l’humus forestier. Les branches bâillent dans le vent doux. Les enfants dorment encore et je vis un moment juste à moi, simple, car ma vision est encore brouillée par les songes accrochés à mes paupières.

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L’aurore est un moment de répit. Il me semble que la qualité sonore du matin doit être partout pareille, doit s’approcher d’une condition universelle. Goûter avec la langue un peu pâteuse à cette densité presque physique du passage du temps. Plein de couche superposées éclosent l’une après l’autre, comme dans une pièce de jazz où les instruments commencent à respirer les uns à la suite des autres.  La fraîcheur un peu humide d’abord, ensuite les couleurs orangés au point d’horizon, puis le vert foncé des épines des sapins mêlé aux verts tendres des conifères, et le vent, les nuages, le soleil.

Voir les rayons du soleil s’attarder aux choses à ras du sol, comme un jet puissant de chaleur qui s’infiltre légèrement dans la forêt et la réveille. Le soleil bas de l’aube est plus concret, moins abstrait que le soleil de midi, seul et haut dans le ciel, loin de tout. Le soleil de l’aurore sort de la terre, du fleuve, il est avec nous et s’attache à réchauffer d’abord l’humus, ses anfractuosités, le sol qui supporte nos pieds.

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En observant les chevreuils, on sent combien tous gestes brusques, tous mouvements sans fluidité, feraient déguerpir la grâce. Ces bêtes mâcheuses d’herbes sont sensibles à un degré qui m’échappe. C’est cette sensibilité qui assure leur survie, les protège des prédateurs et doit aussi leur donner une jouissance des sons de la forêt ahurissante. C’est tout le contraire des hommes. Enfin…

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J’assiste au chant du monde.

Sang, sève, bruants, moineaux, porc-épic, chevreuils, corneilles, vent, feuilles, verts, frisson, chaleur, soleil.

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