PAR MARTHA TREMBLAY-VILÃO

Le cœur.

282420_pub9224-29-a.85Épuisé par la nage, cœur-sirène au centre d’une piscine. Après l’épuisement, le flottement.

Le corps flotte –  sur le dos,                   et la queue de poisson se redresse.

Le corps flotte – sur le dos, les bras tendus. Il évolue, lentement, là où la progression reste. Le plafond en bois franc le fixe.

 

Nous marchons sur le plafond en bois franc de la piscine d’un condo à Ste-Foy, au rythme éreinté de pas qui respirent profondément dans nos têtes. Nos pas, une respiration grave et difficile. En apesanteur. Le cœur est un scaphandre, ou un explorateur de l’espace. Nous? Un écho. Les mantras résonnent si bien sous un vieux casque de bain étiré par le chlore. Et les silences parlent plus fort sous l’eau.

 

En route vers le travail. La vie pousse entre les pierres des murs d’un champ d’artillerie. La bataille, depuis longtemps terminée, se taille une place au cœur des racoins –

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Je l’aperçois, encastrée – une femme nue dont une ramification s’exhorte à sortir de sa hanche droite.

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Elle veut la lumière : un pousse, une plante, grimpante – grimpe – elle grimpe – jusqu’au haut du mur, elle grimpe – derrière les barricades et les canons de poudre séchée.

 

Elle grimpe – encore – vers le ciel, rejoint les quatre oiseaux, ces gardes qui voltigent  au-dessus de la côte du palais.

 

Cette femme, je la reconnais – une femme nue au sexe en forme de cœur qui bat, qui bat, qui – battement d’ailes.

 

Un écho de canon au loin.

IMG-20160820-WA0073Le temps continue, flotte, se déverse, le plafond, la piscine, la tête, le cœur,                                                et  tout s’inverse –

L’absence-présence, le temps – une tête d’animal mystique pleine de plumes, dessinée là sur le mur à côté de la femme au cœur-sexe qui bat, qui bat, qui –battement de paupière.

Elle disparait.  Et le chat-maigre tourne le coin.

Battent les mains, battent les cœurs, battent les sexes et tout se tait. Les yeux fermés, je cherche, je cherche, je cherche – et je m’effraie.

La tête est remplie d’idées-plumes qui collent au cerveau, collent à la peau – collent, comme les mouches collent au mur quand il fait trop chaud.

Le champ d’artillerie semble désert, ou déserté.

Et pourtant –  les voix.

« Regarde, regarde en bas », crient-ils. Trois gamins sur la palissade.

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soleil« Il arrive! Aux aguets… », sourient-ils, dos à moi.

« Il se pointe! », pointent-ils, pointent-ils du doigt?

Le soleil – le soleil –Le soleil!

Il monte – monte – monte la côte du palais, et, comme la plante, grimpe – grimpe – grimpe, vers le ciel, en sueurs.

Le soleil – le soleil – le soleil!

Trois oiseaux sur quatre.

Aux premiers matins du jour,

il s’approche –

Le soleil –

le soleil –

                                     il m’accroche –

                                       Au passage.

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