PAR CHLOË ROLLAND

 

Se coucher trop tôt parce que lever trop tôt et se réveiller dans la nuit noire – 3h30 – attendre.

Je suis sortie à 5h15 – la lune était encore bien brillante à l’ouest. Ma deuxième avenue était déserte.

Si la nuit, tous les chats sont gris, dans la lumière impitoyable de ce matin-là, on distinguait tout de suite ceux qui se levaient de ceux qui n’avaient pas dormi. J’ai marché sur Holt jusqu’à Iberville, déserte elle aussi, et j’ai croisé mon premier matinal coin Masson. J’ai su tout de suite que sa longue nuit s’étirait toujours. Il m’a souri.

J’ai descendu sous le viaduc, croisé des pigeons et bifurqué vers l’est sur Saint-Joseph. Le soleil irradiait derrière les bâtisses et j’espérais le voir plus en hauteur.

Sur Molson, j’ai suivi de loin un pèlerin à la démarche fringante, un chapeau de pêche sur la tête et un petit sac à dos sur les épaules. Il ne s’est pas retourné et a poursuivi sa marche vers le soleil levant.

Arrivée devant la bâtisse de Norref, j’ai décidé de piquer dans le stationnement et tenter de rejoindre la track de chemin de fer. J’ai escaladé le remblai et découvert un petit sentier entre les herbes, plusieurs mètres au-dessus des rails.

Il m’est apparu tout à coup, le silence, dérangé uniquement par les oiseaux qui pépiaient, le bruit tragique des escargots que j’écrasais malencontreusement et celui des voitures qui passaient aux deux minutes de l’autre côté des bâtisses, sur Iberville. Pour un instant, je me suis cru à la campagne.

Tandis que je prenais des photos d’un édifice condamné sur Rachel, une femme est passée en voiture et m’a envoyé la main en me faisant un grand sourire. Je devais avoir l’air d’une complice. Sur Saint-Joseph, j’ai traversé sur la rouge et me suis arrêtée sur le terre-plein pour laisser passer l’unique voiture qui circulait. L’homme qui passait à quatre mètres de moi m’a klaxonnée. D’un élan adolescent, je me suis surprise à lever un doigt d’honneur dans sa direction, et même à lancer un « fuck you » bien assumé. Légèrement honteuse, j’ai tourné la tête vers un jeune homme qui m’a rassuré d’un sourire amusé.

Au petit matin, le monde semblait se scinder. Il y avait ceux qui plissaient les yeux, la démarche titubante, ceux qui fonçaient, l’air pressé, et ceux qui flânaient, le pas léger, un tantinet étourdis.

À 6h45, retour – café.